L'affaire Seznec : nouvelles révélations

L'affaire Seznec déchaîne les passions depuis 1923 et ce n'est pas près de s'arrêter. Entre les pro et les anti-Seznec, les réactions sont souvent virulentes et excessives, surtout avec l'apparition d'internet et des réseaux sociaux.

Le reportage diffusé dimanche midi sur France 2, dans l'émission 13 h 15 le dimanche, a rappelé les deux pistes différentes qui se détachent aujourd'hui : celle de Denis Seznec et celle de Denis Langlois, Jean-Yves Seznec et Gabriel Seznec.

Denis Seznec
Pour lui, son grand-père a été victime d'une machination, c'est une affaire d'État, en lien avec un trafic de Cadillac vers l'URSS. Quéméneur a été tué par arme à feu à Plourivo. Une dame âgée de 8-9 ans en 1923 aurait été témoin des faits.

Denis Langlois, Jean-Yves Seznec et Gabriel Seznec
Pour eux, Quéméneur est mort de manière accidentelle au domicile des Seznec à Morlaix, Marie-Jeanne (la femme de Guillaume) s'étant défendue suite à une agression sexuelle. Petit Guillaume, fils de Guillaume et Marie-Jeanne, qui jouait dans la cour, aurait entendu sa mère crier. En venant à la fenêtre quelques secondes plus tard, il aurait vu le corps inerte de Quéméneur.

Pendant des années, la thèse de Denis Seznec a prévalu dans l'opinion publique et dans les médias. Et puis des journalistes ou de simples passionnés de l'affaire se sont mis à enquêter, à écrire des billets, des articles et des livres. C'est ainsi que j'ai reçu le texte de Bertrand Vilain et Albert Baker. Leur livre contredisant la version "officielle" défendue par Denis Seznec, j'ai acheté d'autres ouvrages pour recouper les informations et me faire mon opinion avant de décider si je leur proposais un contrat ou non. J'ai acheté les livres de Denis Seznec, Denis Langlois et Bernez Rouz, le tout accompagné de l'arrêt de la Cour de cassation rendu en 2006.

Pendant plusieurs jours, les lectures simultanées des livres et de l'arrêt ont généré un paquet de post-it et de notes, car il y avait des contradictions et des arrangements avec la vérité pour des faits identiques, notamment de la part de Denis Seznec.

Le travail des deux auteurs sur le trafic des Cadillac étant sérieux, j'ai décidé de publier le livre. Je leur ai demandé de pouvoir rédiger un texte avant l'introduction (voir l'extrait en ligne du livre) et d'ajouter des notes sur l'affaire afin d'éclairer le lecteur, ce qu'ils ont accepté.

Outre la démonstration de l'inexistence d'un trafic de Cadillac de grande ampleur vers l'URSS, ils évoquent les diverses pistes suivies par les uns et les autres jusque-là, émettent un avis sur ce qui a pu se passer et en arrivent à la conclusion que Seznec a fait disparaître le corps de son associé sur le chemin du retour. En effet, un trou dans son emploi du temps est toujours inexpliqué à ce jour.

Ce livre allant à l'encontre de la thèse Denis Seznec, il ne pouvait que déplaire à ses partisans. Une fois de plus, des forces obscures venaient mettre des bâtons dans les roues sur le chemin de l'innocence totale et la réhabilitation de Guillaume Seznec.

Sauf qu'il y a deux affaires dans l'affaire :
1- le meurtre de Pierre Quéméneur
2- les fausses promesses de vente

Denis Seznec veut l'innocence totale de son grand-père sur les deux dossiers. Pour obtenir sa réhabilitation, il a opté pour la stratégie de la médiatisation. Si cette stratégie permet d'occuper l'espace médiatique, elle s'est révélée contre-productive dans les prétoires, car les juges détestent la justice médiatique. Les magistrats se basent avant tout sur des faits et un dossier judiciaire. Il est bien dommage que des médias ne prennent pas le temps d'étudier le dossier plutôt que de répéter en boucle "Seznec est innocent".

Oui, Seznec est peut-être innocent de la mort de Quéméneur. Mais il a essayé d'en profiter. Quand on se penche sur les faits, on se rend compte qu'il est impliqué dans les fausses promesses de vente. Denis Langlois, ancien avocat de la famille Seznec, Bertrand Vilain, Albert Baker, Guy Penaud, ainsi que Jean-Yves et Gabriel Seznec, partagent cette analyse.

Selon l'accusation, Seznec se trouve au Havre le 13 juin 1923 pour poster le faux télégramme adressé à la famille Quéméneur et acheter la machine à écrire qui servira à taper les fausses promesses de vente.

De son côté, Seznec affirme qu'il a dormi à Saint-Brieuc le 12 juin suite à la panne de son véhicule à Plouaret et que le lendemain, il a acheté des charbons de magnéto dans un garage de cette ville.

Un mécanicien mandaté par la justice constatera par la suite que les charbons de magnéto n'ont pas été changés. Interrogé, Seznec sera incapable de dire dans quel garage il s'est rendu et dans quel hôtel il a dormi, alors que ces informations l'auraient innocenté des faits du 13 juin au Havre.

Seul Denis Seznec donne le nom d'un garage et des détails dans son livre Nous, les Seznec. Il fait parler son grand-père devant le juge chargé de l'affaire. Le hic, c'est qu'on ne sait pas quelle est la source de cette information qui semble inventée de toute pièce (j'en parle pages 137-138 du livre de MM. Baker et Vilain). Le problème, c'est que ce n'est pas le seul arrangement avec la vérité de l'auteur, qui nie des évidences pour convaincre le lecteur de l'innocence de son grand-père (voir un exemple page 135 du livre de MM. Baker et Vilain). Ce qui fait perdre du crédit à sa cause et à lui-même.

9782849931141 1

 

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